Une collection dessinée par le mouvement

Pour Bertille Goux, directrice de collection chez Rinck, Nereus n’est pas née d’un motif figé, mais d’un mouvement. Celui de l’eau, bien sûr, mais aussi celui d’un processus créatif ouvert, évolutif, nourri de dialogues constants entre dessin, matière et savoir-faire.

Le point de départ de la collection se situe au Monaco Yacht Show, événement qui a ouvert un nouveau champ d’exploration pour Rinck. « Ce n’était pas un prétexte, mais une accroche », explique-t-elle. Une invitation à s’immerger dans un univers, en comprendre les codes, les rythmes, les reflets, et à les traduire dans une écriture mobilier propre à Rinck.

Bertille Goux, directrice de collection chez Rinck

Le travail de Bertille Goux s’inscrit dans une continuité assumée. Elle dessine à la main, s’appuie sur les archives de la Maison, socle essentiel de toute création, et réinterprète un répertoire de formes devenu signature : courbes, sabots, lignes, proportions.
« Ce sont des éléments que l’on intègre, que l’on réinvente, que l’on retravaille », précise-t-elle, cherchant non pas à répéter, mais à faire évoluer.

Avec Nereus, cette volonté se traduit notamment par un travail approfondi autour de la marqueterie all-over. Procédé traditionnel, elle choisit ici de l’explorer à une autre échelle, en la rendant immersive, enveloppante, visuellement impactante. Le cabinet a ouvert cette voie ; le bureau, véritable nouveauté de la collection, en prolonge l’écriture, en y intégrant un jeu subtil de multimatériaux, dont la nacre.

Dans le processus créatif, le dessin et la matière s’influencent mutuellement.
Parfois, une ligne appelle un placage précis ; parfois, c’est le veinage du bois qui oriente le dessin. « Le processus se crée au fur et à mesure », confie-t-elle. La découverte d’une essence, d’une texture ou d’un stock oublié peut faire évoluer une intention initiale, affiner un équilibre, enrichir une pièce.

Ce dialogue est rendu possible par la proximité avec les ateliers intégrés de Rinck. Les artisans ne sont pas de simples exécutants : ils sont force de proposition, apportant idées, solutions techniques et regards sensibles. Un échange constant, constructif, au cœur de la création.

Bertille Goux décrit Nereus comme une « collection bijoux » : très ornementale, visuellement forte, mais jamais démonstrative. La difficulté, explique-t-elle, a été de trouver le juste équilibre entre richesse des savoir-faire et retenue esthétique, pour éviter toute surcharge ou effet « show-off ».

La palette chromatique participe à cette maîtrise : moins de couleurs franches, davantage de bleus profonds, de métaux, de bois naturels, aux nuances subtiles. Chaque pièce est pensée pour exister seule, tout en contribuant à une harmonie d’ensemble.

Il existe, dans le processus, un moment clé : celui où les pièces dessinées séparément sont réunies, mises en regard les unes des autres. « C’est là que je me demande si tout est juste, équilibré, harmonieux », confie-t-elle. Patines, feuilles d’or, finitions : chaque décision compte, car c’est l’ensemble qui doit faire sens.

Ce moment de doute, presque de tension, marque paradoxalement celui où la collection commence réellement à exister.

À travers Nereus, Bertille Goux souhaite avant tout que le visiteur soit visuellement impacté, tout en percevant la profondeur du travail et la richesse des savoir-faire mobilisés.
« C’est l’alliance entre l’histoire et un aspect très contemporain », résume-t-elle.

Une vision où le mobilier devient un langage sensible, entre héritage et création actuelle, entre rigueur du dessin et liberté du geste.